Mbida, la peinture comme « ergothérapie »

Mbida était très apprécié au CESTI où il comptait des amis comme Moustapha Sène et Moustapha Guèye, journalistes et enseignants-chercheurs dans notre institution. Son ami Moustapha Guèye a retracé le parcours de Mbida dans un papier publié sur notre site en avril dernier.

 

Il aura passé toute sa vie à reconstruire son monde pour partager son idéal d’humanisme qui l’a conduit à la fonction d’assistant social dont les techniques et les mots n’ont pas pu le satisfaire.  

La peinture est entrée dans sa vie comme une divine inspiration. Le seul espace d’harmonisation des paradoxes, qui habitent sa vie de tous les jours. Entre la ruralité linéaire de son enfance et l’urbanité de sa jeunesse tumultueuse que Dakar n’a pas su contenir et qui l’a propulsé vers une décennie d’exil à travers le monde. Exil durant lequel, au-delà de la sérénité du Burkina-Faso, mondialité et sénégalité se bousculent  dans son esprit déjà surchargé. La voix mélodieuse de Ndiaga Mbaye enrobée sous les sonorités du xalam de Maguette Diagne le transporte dans un univers où tourbillonnent les dissonances de la trompette de Miles Davis et la prolixité du saxophone de Charlie Parker. L’interpellation du local et du global, de l’harmonie et de la dissonance  l’a installé dans un  état de schizophrénie dont la peinture est  devenue, pour lui,  une « ergothérapie » (sic), à côté des consultations régulières auxquelles il se rend auprès de Freud. Toutefois, son corps  n’est pas sorti indemne de ses turbulences, de ces paradoxes qui s’entrechoquent dans sa tête. Un corps ravagé par la maladie, mutilé pour se départir de douleurs dont la racine se situe dans les angoisses et les excès  que lui impose le remplissage d’un vide insondable.  Malgré tout, il s’accroche à son monde à lui où toutes les galaxies sont empreintes de sénégalité. Une sénégalité devenue essence de son ses œuvres, de sa créativité, sa muse et  qui fait de lui le dernier des mohicans de la peinture-sous verre. 

PS : La rencontre avec la presse qu’il a prévue ce mardi 24 avril est également un traitement de choc qu’il s’impose pour exorciser les frustrations d’une humanité inaccomplie à travers sa trajectoire existentielle sous le triptyque : « Mon   monde, ma peinture et moi ».

Le CESTI présente ses condoléances les plus émues à la famille de Mbida et à ses proches.

a propos de l'auteur

Portrait de Moustapha Guèye
Moustaphe GUEYE |Enseignant-Chercheur au CESTI
 
 

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