Poèsie lunatique de Sandra Bassabame : Un hymne à l'Afrique
Dans Lunatique où l’inspiration coule de source à travers des mots simples et accessibles, l’auteur y déroule sous une forme ordinaire et originale ses sensibilités. Le rythme caractéristique de l’écriture africaine y est bien étalé et se présente comme un leitmotiv dans l’ensemble des vers de ce recueil de poèmes. Lunatique, œuvre d’une jeunesse encore à la quête de l’expérience, traduit dans un langage accessible des réalités de la culture africaine encore en compétition avec d'autres cultures dans un contexte d'uniformisation ou d'homogénéisation culturelle, sous l'effet de la globalisation. Sandra Bassabame y dépeint, en long et large avec une précision d’horloger, ce que le continent noir a d’originale et d’enviable. L’homme noir, source de force et de virilité, occupe dans l’œuvre de Sandra une place de choix. Elle lui rend hommage à travers le premier poème de son recueil :
« Homme, j’exalte ton courage d’autrefois,
Qui permit d’écrire ton nom dans l’histoire ! ».
Pour Sandra, cet homme au courage historique peut bel et bien changer le cours des choses dans l’avenir. Lunatique, c’est aussi un hommage rendu à la femme noire. L’auteur semble emprunter le pouvoir et le rythme de Senghor pour célébrer la beauté noire. En lisant le poème dédié à la femme lequel s’intitule « Femme noire», on a l’impression de tomber sur celui de Senghor. Sandra, bien que jeune pour connaitre l’auteur de Nuits de Sine, semble bien vouloir marcher sur les pieds de Senghor. Elle est happée de fond en comble par la poésie senghorienne. A lire Femme noire de Bassabame, on se perd sans s'en rendre compte dans l’univers du fameux poème de Senghor Femme noire. Le rythme imite le son du tam-tam et donne au poème une harmonie sans commune mesure.
« Femme noire, image du Soleil,
Femme noire, aux traits noirs et sensuels,
Femme noire, femme guépard ».
La nasalité due à la consonne «n» produit un timbre harmonieux dont seule Sandra détient le secret. Amoureuse de Senghor, la poètesse ne peut s’empêcher de lui rendre un vibrant hommage dans l’un des poèmes de son recueil. C'est «Hommage à Senghor». Sandra interpelle le poète en empruntant la formule allégorique du père.
Pourtant, Senghor aujourd’hui vivant aurait plus de cent ans. Ce qui veut tout simplement dire qu’il est, sans doute dans la tradition africaine, le grand-père de l’auteur de Lunatique. Mais en partant de la place qu’occupe le vocable "père" dans la religion chrétienne, on comprend que la formule métaphorique de Sandra est loin d’être gratuite. Dans ce poème, quand l’auteur fait appel à la formule allégorique du père pour parler de son idole, elle résume tout simplement le respect, l’espoir, la grandeur et un peu une sorte d’angoisse qui la hante en voulant non seulement marcher sur les pas de son «grand-père», mais aussi s'inspirer de la qualité de ses œuvres, qui confère à Senghor une jeunesse éternelle.
« Père comme une virose
Guérit par ta primerose
Revêts-moi d’espoir».
Lunatique de Sandra Bassabame, c’est aussi une œuvre d’espoir pour la jeunesse africaine. Si elle peint la pauvreté caractéristique du continent, la poétesse croit aussi au développement, eu égard à la chance qu’a l’Afrique, avec notamment ses ressources naturelles et humaines
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