Conflits en Afrique : La poudrière ouest-africaine

Depuis quelques années, l’Afrique de l’Ouest est le théâtre de nombreuses crises sociopolitiques. La crise post-électorale au Libéria, les coups d’Etat répétitifs en Guinée Bissau, les attentats meurtriers de la secte Boko Haram au Nigéria et la crise malienne sont encore là pour le rappeler.  International Crisis Group (ICG) vient de publier des rapports sur ces conflits qui permettent de mieux appréhender la situation dans ces pays. 

« Talibanisation », « Somalisation », « Afghanistan de l’Afrique », les substantifs employés pour caractériser la situation dans la bande sahélo-sahélienne ne manquent pas surtout depuis que des groupes islamistes sévissent au Nigéria et au Mali. Si on ajoute à ces deux crises, celle post-électorale qui prévaut au Libéria et l’enlisement de la Guinée Bissau dans des soubresauts politiques, il y a de quoi s’inquiéter. Ces crises sont autant de raisons de s’interroger sur les perspectives de stabilité et de consolidation de la démocratie en Afrique de l’Ouest, a affirmé Mathias Hounkpé d’Osiwa lors de l’atelier sur les rapports publiés par l’International Crisis Group, qui ont porté sur le Libéria, le Nigéria, la Guinée Bissau et le Mali.

Libéria, un pays polarisé

La première discussion a porté sur le Libéria. Ce pays, qui avait connu en 2005, une première élection présidentielle réussie avec l’élection d’Elène Johnson Sirleaf, n’a pas su négocier le tournant de la présidentielle de novembre 2011. La réélection du prix Nobel de la Paix, a plongé le pays dans un cycle de protestations avec des manifestations violemment réprimées selon le rapport présenté par l’analyste de l’ICG Titi Ajayi. Ce dernier a souligné que le Libéria est un pays polarisé sur le plan ethnique, économique et politique et a besoin d’une réforme politique et institutionnelle. « Il y a des actes de népotisme avec la nomination de plusieurs membres de la famille de la présidente à des postes de responsabilité et il y a une sorte d’impunité en faveur des auteurs de crimes et de délits », a souligné M. Ajayi.

Guinée Bissau prise en otage par son armée

La situation au Libéria est toutefois moins dramatique que celle qui prévaut en Guinée Bissau, un Etat narco-trafiquant en proie à des crises politiques depuis son accession à l’indépendance au début des années 1970 au prix d’une longue guerre de libération. D’ailleurs, selon Vincent Foucher, analyste de l’ICG, tout le problème de la Guinée Bissau vient de son armée dont les têtes de proue ne veulent pas qu’on touche à leurs privilèges. Le dernier coup d’Etat qui date d’avril et qui a mis un terme au processus électoral obéit à cette volonté. En effet, a fait savoir Vincent Foucher, le candidat qui avait le plus de chance de l’emporter, en l’occurrence Carlos Gomez Junior, est étiqueté comme un anti-militaire et donc considéré comme une menace pour l’armée. C’est ainsi qu’en complicité avec ses adversaires politiques, l’armée a arrêté le processus électoral et mis aux arrêts l’ancien Premier ministre. Pour Vincent Foucher, la question de l’ajustement de l’armée bissau guinéenne s’impose pour qu’enfin le pays sorte de son enlisement.

Nigéria, un conflit religieux aux relents politico-ethnique

Un pays qui s’enlise dans une dérive islamiste, c’est bien le Nigéria avec la secte Boko Haram qui, avec une série d’attentats meurtriers visant les symboles de l’Etat et des lieux de cultes chrétiens, a fini de rendre l’Etat du Plateau, plus particulièrement Joos, invivable. Pourtant, à en croire Kunle Amuwo, ce qui se passe au nord du Nigéria, c’est une lutte pour le contrôle du pouvoir politique et des ressources économiques en réalité, la question religieuse et ethnique n’étant qu’un leurre. Le rapport sur le Nigéria révèle en outre que se pose à Joos, la question de la gestion des terres que se disputent les Haoussa Fulani et les autochtones des ethnies Berom, Araguta et Afizéré. Ces dernières ethnies craignant l’islamisation de la zone, puisque les Haoussa Fulani étant déjà majoritaires dans tout le Nigéria. Cette situation pose le problème de l’indigénat au Nigéria qui veut qu’un Nigérian n’est citoyen que dans son Etat. Au-delà, il est considéré comme un indigène. Pour Kunlé Amuwo, il y a nécessité de corriger cette aberration en changeant la constitution.

Mali : Quand ATT a laissé faire

Quant à la situation qui prévaut au Mali, le rapport publié par l’ICG a décelé quatre principaux éléments qui en seraient la cause. Le premier est lié à la gestion politique du nord Mali par Amadou Toumani Touré qui a noué un réseau d’alliances avec des personnalités issues de cette partie du Mali mais qui, en réalité, n’avaient aucune légitimité et qui plus est, ces personnalités étaient mouillées dans des trafics de toutes sortes, selon Gilles Yabi, directeur Afrique de l’Ouest de ICG. Sans oublier qu’il existerait des défaillances dans la mise en œuvre des accords de paix dans le cadre du pacte national signé en 1992, notamment dans le domaine des infrastructures dont certaines devaient être réalisées. Si on ajoute à cela,le système de sécurité défaillant, la cassure entre les officiers généraux de la génération de ATT et les jeunes officiers, l’influence extérieure néfaste avec l’installation d’Aqmi dans le nord du Mali depuis 2003, le choc extérieur avec la crise libyenne et les pratiques politiques au sein du pouvoir central « qui a laissé faire », on a les ingrédients qui ont conduit aujourd’hui le Mali à cette profonde crise, a indiqué Gilles Yabi. Cependant, il déconseille toute intervention militaire car « dans le contexte politique et militaire actuel, elle pourrait plonger le Mali dans un long conflit ». Il suggère la remise sur pied de l’Etat et de l’armée, l’engagement d’un dialogue politique entre Maliens et surtout l’implication de l’Algérie dans la recherche de solutions.

Dans son discours, le professeur Ismaëla Madior Fall a pris le contrepied de ceux qui pensent que l’Afrique de l’Ouest est une sous-région dans le chaos. D’après lui, il y a des tendances de stabilisation en citant le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, etc. Toutefois, il reconnaît qu’il y a un certain "désenchantement démocratique" noté dans beaucoup de pays de l’Afrique de l’ouest et qui peut être source de chaos. Il regrette que les élites politiques dont certaines sont "très brillantes et pleines de bonne volonté" ne soient pas parvenues à transformer les sociétés ouest-africaines.

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Portrait de Ibrahima Thiam
Elhadji Ibrahima Thiam |Etudiant-Journaliste-Blogueur

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