Petits métiers : Les laveurs de voiture entre la croix et la bannière
Laveurs de voiture, ils n’ont pas demandé à l’être. Ils le sont devenus par accident, car ils ont tous quitté leur profession d’antan pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles. On les voit partout dans les artères de la capitale sénégalaise. Enfants, jeunes et vieux, ils s’adonnent tous à ce métier car n’ayant pas une autre alternative. Obligés à quitter leurs terroirs d’origine par les difficiles conditions de vie dans, ils envahissent Dakar et ses environs pour se tirer d’affaire.
Trouvé au garage taxi de l’Université Cheikh Anta Diop, en face de la Librairie Clairafrique, Modou Diop relate ce qui l’a conduit à Dakar. « Je suis originaire de la région de Diourbel, où je pratiquais l’agriculture. Mais, les choses ne marchaient pas bien là-bas, avec toutes les difficultés liées aux problèmes des semences et dans l’écoulement des produits. De ce fait, je suis venu m’installer à Dakar et cela fait trois ans déjà que je suis ici. Depuis lors, je lave des voitures et ce n’est pas un métier rentable. Mais, je ne peux trouver mieux car la vie est difficile et il n’est pas aisé d’avoir un emploi de nos jours », laisse-t-il entendre.
Lundi 18 juin, il est 15h30 sur le "couloir de la mort", allée qui mène vers les différentes facultés de l’Université Cheikh Anta Diop. Le va-et-vient des étudiants, travailleurs et voitures bat son plein. Ce qui ne perturbe guère les laveurs de voiture qui sont bien concentrés sur leur travail. Armés de torchons et éponges, ils donnent des coups de brosse aux moquettes des voitures, afin d’enlever les tâches et poussières.
Evoluant dans l’informel, au milieu des eaux sales et boueuses, mélangées à l’odeur de l’urine polluent l’atmosphère. Ils s’accroupissent à même le sol, mains nues, sandales aux pieds, chemises et pantalons déchirées ou même en lambeaux, pour ne ramasser que quelques miettes par jour. Cultivateur de son état, Mamadou Diallo, deuxième patron de l’atelier de lavage, la quarantaine passée, explique les difficultés du métier. « C’est trop dur. Nous achetons la bouteille d’eau à 25 francs et on peut en utiliser trois à quatre par jour. Cela dépend toutefois du nombre des clients. Et le travail ne paie pas bien, car on rentre parfois avec 600 francs et 1000 francs. Une somme que nous devons partager entre le transport et les repas », soutient-il.
La rareté des clients, les minimes tarifs de paiement 500 francs par voiture et les faibles moyens n’ont rien bu de leur foi. Ces débrouillards n’oublient point l’un des cinq piliers de l’Islam, la Prière.
A 16h45, ils arrêtent temporairement le travail pour respecter l’acte conformément aux principes islamiques. Soigneusement alignés derrière, l’Imam du jour, Moustapha Fall. Après quelques minutes de prière, ils reprennent brosses, torchons et éponges.
Vendeur de livres au "couloir de la mort", Ousmane Diop, salue la rigueur et la discipline religieuse des laveurs de voiture. « Je cohabite depuis des années avec ces gens et je peux dire qu’ils sont respectueux des principes religieux. Ils arrêtent tout ce qu’ils font pour honorer les heures de prière », certifie-t-il. Toutefois, il nous apprend que la cohabitation avec les laveurs de voiture n’est pas chose aisée. Ils ne se conforment pas aux conditions d’hygiène et il y a souvent des cas de vol entre eux. « Ils passent tout leur temps à salir l’allée et ils ne prennent même pas la précaution de la nettoyer. En plus, ils ne rendent jamais service aux gens, sans compter les cas de vol », fulmine M. Diop.
Occupant cet espace de 8h à 19h, les laveurs de voiture se défendent des propos accusateurs d’Ousmane Diop. « Nous nettoyons chaque jour cet espace et rangeons soigneusement tout objet pouvant entraver la bonne circulation des personnes et des voitures. Ça fait des années que je suis là et on ne m’a jamais signalé un seul cas de vol. Je pense que de tels propos sont discriminatoires », lâche l’Imam de la mosquée, Moustapha Fall.
L’économie informelle s’est imposée au Sénégal comme l’une des principales sources de revenus pour les populations. De ce fait, la rue est devenue un terrain propice au travail de tout genre. Le métier de laveur de voiture est une activité qui n’est pas du tout rentable, mais elle permet aux jeunes de s’occuper et de ne pas tomber dans le banditisme.
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