Macky Sall : "Réformer le système de santé est une urgence"
"Les besoins en santé sont énormes et les attentes non satisfaites sont colossales", tel est le diagnostic du système sanitaire au Sénégal établi par le candidat Macky Sall lors de sa rencontre avec les acteurs de ce secteur. La santé reste donc un chantier énorme, selon lui, et fait partie des urgences au même titre que la crise qui secoue le système éducatif et le coût élevé de la vie.
Macky Sall a assuré aux acteurs de la santé que ce secteur figure en bonne place dans son programme car conscient du fait que "les Sénégalais veulent se soigner à moindre coûts et de manière correcte. Partout dans le pays, les problèmes de santé sont posés comme une préoccupation majeure et une priorité pour les populations (...) La santé est un secteur prioritaire de notre développement parce qu'elle est un point d’entrée et une condition sine qua non du développement".
A la suite du candidat de Bennoo Bokk Yakaar, les acteurs de la santé (médecine moderne, traditionnelle, syndicats) ainsi que les personnes âgées ont fait part de leur désir de changement dans ce domaine. Le budget alloué à la santé reste un problème en raison de la dette hospitalière. Les financements doivent être conséquents pour permettre aux Sénégalais de se soigner à moindre coût et aux médecins de travailler dans les meilleurs conditions et d'être payés dans des délais raisonnables.
Le syndicaliste Saliou Faye Daffe a pris le contrepied des discours axés sur les bonnes références du Sénégal en matière de santé. "Le Sénégal n’a que 1023 médecins. Nous sommes vraiment en retard malgré ce que dit l’Occident sur le Sénégal. Le personnel de santé est démuni. Dans les régions, les sages-femmes font des accouchements à l’aide de torches faute de matériels adéquats", relativise-t-il.
Le président du syndicat national de santé, Younouss Mané confirme à Macky Sall que le travail est énorme dans ce secteur. "Si vous êtes élu, vous trouverez un système de santé avec beaucoup de problèmes et surtout des problèmes juridiques, car les textes concernant la professions datent de Mathusalem et ne sont plus conformes aux réalités actuelles. Le prochain ministre nommé doit discuter avec l’ordre national, sur l’exercice du métier car les textes qui régissent notre profession sont obsolètes".
La vente des médicaments hors des structures adéquates est une préoccupation pour l’Ordre des pharmaciens du Sénégal. Il voit en cette activité un danger immense dont les commanditaires et les populations ignorent parfois les risques. Fatou Faye Ndiaye, membre de l’Ordre de pharmaciens demande à ce que le "futur chef d’Etat lutte contre la vente des médicaments dans la rue et qu’elle soit étendue sur tout le territoire sénégalais". Donc, elle préconise "le développement l’industrie pharmaceutique afin d’avoir des médicaments à moins coût".
"L'impunité doit cesser"
Fatou Faye Ndiaye a relevé un manque de communication avec certaines écoles qui forment des pharmaciens. "Nous n’avons reçu aucune accréditation d’autres écoles qui forment les pharmaciens à part celle de l’université. Après, il se pose un problème d’orientation. Nous souhaiterons alors que l’Ordre soit informé de la sortie de nouveaux pharmaciens de ces écoles privées".
D'autres souhaitent qu’un système de surveillance soit mis en place afin de régulariser la profession de médecin parce que selon eux, "l’impunité doit cesser" car ils constatent que "des non médecins exercent cette profession de manière illicite et des docteurs violent le règlement et passent outre leurs prérogatives". Mamadou Bâ, président des tradipraticiens souhaite qu'il leur soit permis de travailler en collaboration avec les médecins.
Mame Birame Faye, président du collectif national des personnes âgées fait le constat amère du manque d’assistance aux personnes du 3e âge. : "les personnes âgées représentent 8,1% soit environ 800 milles personnes, il y a 75% qui sont sans couverture sociale. Sachant bien que nous n’avons pas les moyens de nous payer les médicaments car nous souffrons des maladies chroniques. Les médicaments sont très coûteux".
Il aimerait que les étudiants en médecine se spécialisent de plus en plus sur les maladies qui affectent les personnes âgées, car le manque des médecins dans cette branche se fait sentir de manière criarde. "Au Sénégal, il n’y a que 5 médecins qui soignent des personnes âgées soit 4 à Dakar et un à Saint Louis. Il serait important que les étudiants en médecine prennent en compte cela dans le cadre de leur spécialisation", plaide M. Faye. Les malades du diabète, de la tuberculose, de l’insuffisance rénale sont souvent laissés à eux mêmes, et prennent en charge des frais médicaux très lourds bien que la majorité soit des retraités. Abordant le "Plan Sésame" qui devrait aider à la prise en charge médicale des personnes âgées, Mame Birame Faye estime que c'est une "arnaque sociale" avec "une dette qui s’élève à plus de 4 milliards de FCFA".
Comme esquisse de solutions en attendant une rencontre avec les acteurs de la santé, s’il est élu président du Sénégal au soir du 26 mars, Macky Sall souligne qu'"il faut réformer le système sanitaire au Sénégal, approfondir l'analyse des causes de son effondrement et y apporter des solutions durables, car le Sénégal a des ressources, donc nous devons arriver à une harmonisation". En outre, il suggère de "travailler sur le financement de la santé, augmenter le budget de la santé pour faciliter les dépenses, valoriser la recherche dans le sens de la pharmacopée et la médecine traditionnelles et nouer un véritable partenariat médecine moderne-médecine traditionnelle".
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