Les défis économiques qui attendent le nouveau régime

L’accession de Macky Sall à la magistrature suprême s’est déroulée dans un contexte économico-financier mondial très instable, marqué surtout par la crise des dettes souveraines dans la zone euro, la récession aux Etats-Unis, le choc pétrolier dans le monde arabe, la hausse des cours mondiaux. Autant de facteurs qui, aujourd’hui, risquent de constituer de véritables entraves pour ce nouveau régime, appelé à trouver des remèdes aux nombreux problèmes économiques auxquels le Sénégal est confronté depuis quelques années.

Redonner à l’agriculture sénégalaise son lustre d’antan, réduire de manière drastique le taux de chômage, rendre les industries nationales plus compétitives sur le marché international, relancer le secteur touristique, tirer au clair l’épineuse question des licences de pêche. Ce sont, entre autres, les préoccupations sur le plan économique auxquelles les nouvelles autorités devraient faire face en vue de placer le Sénégal dans le peloton des pays émergents. Dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, beaucoup d’efforts considérables restent à faire. D’abord, concernant le primaire, qui regroupe entre autres activités la pêche, l'agriculture, l'élevage, on recense énormément de difficultés qui freinent leur émergence. D’où l’urgence pour la prochaine équipe de trouver des remèdes.  

L’agriculture en zone de turbulence

L’agriculture, pendant des décennies, a joué un rôle moteur dans l’économie nationale. L’exemple de la filière arachidière, qui a connu ses années de gloire, en est une parfaite illustration. Aujourd’hui, une frange importante de la population rurale (plus de 55%) évoluant dans le secteur agricole ne sait plus à quel saint se vouer. Elle commence à perdre espoir du fait d'un effondrement continuel de ses revenus monétaires en raison des nombreux obstacles qui minent cette filière : baisse de la fertilité des sols et de la qualité des semences, matériel agricole vétuste.

Face à cette situation difficile, les prochaines autorités étatiques sont appelées à mettre les agricultures dans de bonnes conditions de travail en leur facilitant l’accès aux crédits, aux intrants (semences, engrais, pesticides) et en leur offrant des prix remunérateurs. A cela s’ajoute la mécanisation pour une production plus rentable. En  dépit des programmes agricoles élaborés en ce sens par le régime sortant, tels que la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) et le plan "Retour vers l’agriculture" (Reva), la filière agricole sénégalaise tarde toujours à se remettre sur les rails de l’émergence. Ces deux projets qui avaient comme objectif commun l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire semblent être aux oubliettes. Les réalisations n’ont pas été à la hauteur des promesses et le pays dépend toujours des importations pour se nourrir. Ce sera l’occasion donc pour la nouvelle équipe de faire le point sur ces deux programmes dont on ignore les faramineuses sommes injectées.

La pêche en eaux troubles, l’élevage sous le joug des contraintes

Ce secteur, une des mamelles de l’économie nationale, est secoué ces derniers temps par un bras de fer opposant l’Etat du Sénégal à des organisations regroupant des acteurs de la pêche tels que le Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (Gaipes) qui dénonce l’octroi des licences de pêche à certains bâteaux étrangers. Sur le même régistre, l’ONG Greenpeace Afrique demandait au Sénégal de revenir sur cette décision, qui autorise 22 bâteaux étrangers à pêcher dans nos eaux. Ce dossier qui a été piloté jusqu’ici par le régime sortant, et qui n’a pas encore connu son épilogue, va sûrement être une patate chaude entre les mains de Macky Sall et sa nouvelle équipe.

D’autres difficultés qui pèsent sur l’aile de ce secteur, qui emploie plus de 600 000 personnes, attendent des solutions. Il s’agit de la rareté de la ressource, de la cherté des intrants, le non-accès aux crédits pour une bonne partie des pêcheurs. Tous ces facteurs inhibent considérablement le developpement de cette filière, par conséquent, on a noté une baisse de sa production. Comme l’a indiqué la dernière note de conjoncture de la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee), qui souligne que l’activité du sous-secteur de la pêche a enregistré une réduction de 2,8% entre le troisième et le quatrième trimestre de 2011. Ce repli, explique la même source, est tirée par la baisse de 28,6% notée au niveau de la pêche industrielle avec le repos biologique instauré en octobre-novembre de la même année.

Un soutien conséquent doit être également apporté â la pêche artisanale en menant des investissements pour permettre aux petites et moyennes entreprises évoluant dans ce secteur de créer davantages richesses, sans oublier les infrastructures, par la mise en place de sites de transformation plus modernes dotés d’équipements et de technologies plus sophistiqués. Quant au secteur de l’élévage, il reste une immense potentialité, mais plombée par un éventail de contraintes qui se listent sous différentes formes. Pour une émergence de cette filière, les autorités devraient faire face au vol du bétail, un phénomène qui taraude l’esprit de bon nombre d’éleveurs. A cet effet, l’élaboration d’un cadre juridique qui prendrait en compte l’identification du bétail serait nécessaire. En outre, il faudra encourager l’insémination artificielle, qui participe à l’amélioration de la productivité du bétail (lait-viande). D’autres obstacles restent à relever. Il s’agit notamment de réhabiliter certains abattoirs et d’en créer d’autres, ce qui suppose des équipements de conservation qui répondent aux normes d’hygiène.

Le tourisme et l’industrie : deux branches à problèmes

Ces deux secteurs d’activité ont été durement touchés dans les quatre derniers mois, du fait de la situation politique du pays très agitée, marquée par de violentes manifestations sur l’ensemble du territoire national. Le futur régime qui sera mis en place devra s’engager à accompagner les entreprises afin des les aider à se remettre en selle pour une bonne reprise de leurs activités. Il doit également convaincre les investisseurs étrangers qui, pour des raisons de sécurité, ont préféré rester chez eux en attendant de voir la situation du pays se rétablir. Ce qui était un coup dur pour l’industrie sénégalaise.

L'autre tâche qui devrait occuper Macky Sall, c’est l’éternelle équation du financement des petites et moyennes entreprises, que déplorent très souvent les acteurs. Leur compétitivé sur le marché international demeure plus que jamais un défi à relever. Le tourisme semble être le plus grand perdant durant la période préélectorale. Il reviendra au nouveau pouvoir de redonner à la destination Sénégal  sa vraie image pour qu’elle soit plus attractive. La forte pression fiscale, l’érosion côtière, l’insécurité, mauvais état des routes dans certaines localités du pays, sont autant de handicaps que le prochain gouvernement devrait surmonter afin de rendre le secteur touristique plus compétitif à l’égard des autres destinations de la sous-région.

L’emploi des jeunes, l’éternelle préoccupation des gouvernants

Cette question a été longtemps considérée comme une épine dans le pied du gouvernement sortant, si l’on se fie à l’une des sorties de Wade qui, lors de la dixième édition du Conseil présidentiel sur l’investissement en novembre 2010, avouait son échec sur la politique de l’emploi des jeunes. Il appartient au nouveau président d’apporter des réponses aux problèmes du chômage, qui ont atteint des proportions inquiétantes. L’élaboration d’une politique de l’emploi plus efficace, une formation des jeunes adéquate aux besoins de l’entreprise, promouvoir l’entrepreunariat sont des obstacles que le prochain gouvernement devrait franchir afin d’atteindre le plein emploi, source de croissance économique.

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Portrait de Abdou Diaw
Abdou Diaw |Étudiant au CESTI, Journaliste-blogueur
 
 

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