Le gourdin "Thiaat", nouveau "compagnon" des "Thiantacounes"
Samedi 17 mars. 15H. La devanture de la maison du Cheikh Béthio Thioune est envahi par les « Thiantakounes », les talibés, qui se sont mobilisés pour accompagner leur marabout à la Place de l’Obélisque. Hommes, femmes et enfants, personne n’a voulu être en reste. Chaque talibé tient à la main un gourdin et c’est à la mode chez les « Thiantakounes ». Certains vont même jusqu’à lui trouver un nom et un sac de rangement.
« Nous préférons l’appeler « Thiaat » (le cadet) parce que le mot gourdin fait peur à certains. Ce nom vient même de notre marabout, c’est pourquoi on n'utilise plus le mot gourdin », révèle Babacar Diouf de Yeumbeul.
Vendeur de pièces détachées automobiles au Crédit foncier, au centre ville, le sieur Diouf qui a soigneusement rangé son gourdin dans sa besace, estime que c’est une recommandation du Cheikh. « C’est au cours d’une de nos rencontres avec Cheikh Béthio ici à Mermoz qu’il nous a demandés d’en avoir et de le garder avec nous. Dans tous nos déplacements, nous avons « Thiaat » avec nous », souligne-t-il. « Les gens ne doivent pas avoir peur en le voyant car ce n’est pas une arme », pousuit Diouf.
Juste devant nous, se gare une voiture. Un homme, la trentaine, collier à l'effigie du chef Thiantacoune descend de la voiture et tient à la main droite un gourdin qui porte l'inscription « Cheikh Béthio forever". Il se nomme Cheikh Coly et est cadre dans une banque de la place. Selon lui, le gourdin est son compagnon et il se déplace partout avec. Même au boulot. « Le gourdin est devenu un ami et c’est comme mon téléphone portable. Je ne peux plus m’en séparer. Quand je vais à mon lieu de travail, il est avec moi et mes collègues comprennent que c’est à cause d’un « Ndiguel » que je l’ai avec moi », confie-t-il.
Mais Cheikh Coly laisse entendre qu’il est parfois obligé de le laisser dans sa voiture. « A chaque fois que je vais dans une banque pour la supervision, je le laisse dans ma bagnole pour ne pas créer de confusion », ajoute-t-il.
Les dames aussi ne sont pas en reste. Les gourdins qu’elles portent sont plus petits que ceux des hommes. Pour beaucoup d’entre elles, ils leur servent de protection. « Il est arrivé à plusieurs reprises que des garçons en me voyant porter le collier avec la photo du Cheikh se mettent à me chambrer. Un jour l’un d’entre eux l’a arraché pour le jeter par terre. Mais depuis qu’ils me voient avec le gourdin, ils ne me parlent même plus. Je n’hésiterai pas à m’en servir au cas où ils recommenceraient », laisse entendre Astou Fall qui vient de Thiès.
Mame Diarra assise à ses côtés estime que le gourdin est un moyen pour se défendre des personnes mal intentionnées. « Maintenant avec le gourdin on pourra répondre à toute attaque sur notre personne car quelqu’un qui recevra un coup saura à quoi s’en tenir ».
Le gourdin ou « Thiaat » est donc à la mode chez les disciples de Cheikh Béthio Thioune et celui qui ne l’a pas encore risque, selon eux, d’être dépassé par les évènements.
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