Grand-Dakar : le dur labeur des pileuses de mil

Les pileuses de mil exercent un métier comme les autres. Mais en plus des efforts qu'elles doivent fournir, elles font face à la concurrence des moulins à mil. Reportage au coeur de Grand-Dakar. 

 

Il règne une ambiance moite. La rue Abébé Bikila, au coeur du Grand-Dakar grouille de monde. Des voitures roulent à vive allure. Des amateurs des "trois normaux" (le thé sénégalais) commentent autour de la théière les résultats des dernières élections législatives. Le long de cette principale artère de ce quartier populeux, des femmes occupent un petit coin. Ce sont des pileuses de mil. Le décor est constitué de seaux, de sachets et des sacs remplis d’habits jetés à même le sol. Au milieu des bagages, une femme debout, s'affaire autour d'un vieux mortier.

Les mortiers forment un rang. Devant chacun, une ou deux femmes s'époumonent. Les plus âgées sont assises sur des bancs en bois et guettent les clients. Pilon à la main, suant abondamment, Khady Diop lance : «Je pile du mil et je le revends. En ce moment, cela ne rapporte pas beaucoup. Je peux rester un ou deux jours sans voir de clients. Le comble, c’est que nous travaillons à l’air libre et aux alentours des maisons. Parfois, il arrive que les propriétaires de ces maisons nous chassent ». De l’autre côté, des bouteilles et de calebasses remplies de riz et du mil sont cachées derrière de gros sachets contenant des habits. Le long du mur, des morceaux de pain sec rangés dans des sachets complètent le décor. Sur des nattes, les enfants jouent tranquillement.   Venue de « Ndiaréme », région de Diourbel, Mariama Sène se lamente : « tu vois, nous travaillons avec nos enfants à côté. C’est dur. Nous passons toute la journée sous le chaud soleil pour gagner des miettes. Pis, certaines personnes nous stigmatisent et nous manquent de respect. » Le bruit des pilons se mélange au celui des moteurs de « cars rapides », sous une chaleur accablante. Cela est loin de décourager ces pileuses de mil qui suent à grosses gouttes.

Non loin de là, sévit un autre groupe de pileuses une autre pileuse. Le décor est immuable. Des femmes assises à même le sol attendent patiemment des clients. Deux d’entre elles pilent tranquillement tout en fredonnant des chansons de leur terroir pour oublier la dureté du travail. Suant à grosses gouttes, Marie Dioh confie : « je veux que le gouvernement nous aide. Notre métier ne parvient plus à nous nourrir. Ce que nous gagnons, nous l’envoyons au village pour subvenir aux besoins de nos familles. » Ici aussi, les plus âgées se contentent de remplir les calebasses de mil pilé. Elles se disputent aussi les clients. Chaque fois qu’une cliente arrive, elles se précipitent tout en exhibant leur mil. La concurrence est rude. Chacune veut écouler sa marchandise avant la tombée de la nuit. Plus l’heure avance, plus l’inquiétude se lit sur le visage de ces dames.

Venue acheter du mil, Aida Fall avance : « On trouve ici du mil bien pilé et le prix est acceptable, le kilo coûte 600 francs. Parfois j’apporte du mil déjà pilé à la machine pour l'affiner. Le mil pilé à la main est de meilleure qualité que celui traité à la machine. »  

La plupart de ces pileuses de mil travaillent dur pour s'en sortir. En attendant des lendemains meilleurs dans les terroirs pour renouer avec leur vie d'épouses et de mères de famille attentionnées.

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Portrait de Omar Balde
|Etudiant au Cesti
 
 

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